La difficile place du papa dans la société

Lorsque vous vous apprêtez à devenir papa, contrairement à ce qu’on pourrait attendre d’eux, il est courant que les amis ne vous aident pas vraiment à être serein. C’est souvent présenté comme des blagues, des petites piques, classiques « entre hommes », pas vrai ?

« Ça y est, fini la rigolade, on ne te verra plus, fini les verres après le boulot, fini les grasses matinées, fini le foot le dimanche matin », etc. 

Merci les amis, quel soutien ! 

De plus en plus de papas trouvent ce « rituel » pénible. Peut-être cela est-il le signe qu’il va disparaître petit à petit ?

Pour vos copains, vous êtes un déserteur

Pour les potes, le statut de père vous rendrait donc incapable de tenir le rythme qu’ils attendent d’un bon ami ? Comme avant ? Cela reviendrait donc à dire que vous aurez moins de temps, car naturellement vous en passerez beaucoup à vous occuper de votre enfant

Cette idée fixe est déroutante. 

En effet, à part vos copains, la société toute entière semble avoir une image parfaitement opposée de vous. Eh oui… Elle ne vous connaît pas, pourtant, pas individuellement en tout cas. De quoi elle se mêle, la société ? Elle ne vous connaît surtout pas en tant que père, puisque vous-même êtes encore en train de vous découvrir dans ce nouveau rôle.

Pourtant, la société ne vous fait aucune confiance pour vous occuper de votre enfant. Elle est même persuadée que vous n’allez pas lever le petit doigt, que c’est la maman qui va s’occuper de tout, pendant que vous poursuivrez votre vie exactement comme avant la naissance de votre bébé. Étonnant, non ? 

Vous ne nous croyez pas ? Prêtez quelque attention à certains signes, vous allez voir, ça va vous sauter aux yeux au bout de quelques temps. 

Pour la société, vous êtes incapable

Emmener votre enfant au parc pendant que sa maman travaille ou se repose, ou même simplement vous promener seul avec lui en porte-bébé dans la rue, ou lui donner le biberon en public : des regards, des sourires, des remarques « c’est rare de voir un papa au parc », « c’est mignon un papa qui promène son bébé », « quel super papa vous faites », etc.

Vous voilà sur un petit nuage. Oui, vous êtes un père exceptionnel, on a demandé à Bébé.   

Cela ne vous empêche pas de trouver curieux ces compliments que l’on vous fait… 

Demandez à votre compagne si elle a droit à la même bienveillance. Trêve de suspense… la réponse est non ! Dans la majorité des cas, elle aura droit simplement à de l’indifférence, tout à fait compréhensible. « Comme il est mignon ! Je peux toucher ? Je touche. » Mais surtout, parfois, elle aura des remarques, des leçons de parentalité. Gratuites certes – il ne manquerait plus que ça – mais surtout non-sollicitées !

Ces leçons peuvent être dispensées indifféremment par des hommes ou des femmes. La représentativité est plutôt bonne. Ces conseils seront exprimés, souvent de façon assez désagréable et sur le ton du reproche. Au niveau de la forme, ça peut aller de la simple remarque lâchée en passant sans s’arrêter, pour aller jusqu’au cours magistral

L’intitulé du cours ? « À quel point votre compagne est nulle et ne sait pas s’occuper de son enfant ».  

Son synopsis ? « On ne fait bien évidemment pas comme ça, je sais tout de même mieux que vous parce que j’ai déjà eu trois enfants… » 

Légitimité de l’intervenant ? Aucune ! Mais ça ne semble pas lui poser de problème.

Un délice !

Alors, pourquoi recevez-vous des compliments, vous ? Parce qu’ils émanent de gens pour qui le simple fait de voir un papa s’occuper de son enfant est un étonnement. Même si vous vous en occupiez mal, vous n’auriez pas de leçon, parce que pour eux, vous en faites déjà plus que ce qui devrait vous être dévolu. 

Pour les professionnels de l’enfance, la vision des papas change… lentement, très lentement

Mais attention, on ne parle pas que de gens random dans la rue.

La PMI, qui ne comprend pas pourquoi c’est le papa qui amène l’enfant.

La direction de la crèche, qui insiste pour que ce soit la maman qui soit présente pendant la période d’adaptation de l’enfant.

La nounou qui transmet au papa que « ce serait bien que la maman puisse changer de marque de couches, celles-ci ne sont pas terribles ».

Et ça ne s’arrête pas là : vous aurez beau remplir tous les formulaires d’inscription à l’école et au centre de loisir chaque année, en prenant bien soin d’indiquer le contact du papa comme prioritaire, il y a de très fortes chances pour que ce soit la maman qui soit appelée au moindre bobo !

Ça n’est pas systématique, bien sûr, certaines expériences se passent très bien. Mais ce sexisme est encore très présent. Pour la société, c’est encore la maman qui s’occupe des enfants, point.

Pourtant, on remarque de plus en plus de papas dans le ballet des dépôts d’enfants à la crèche ou la maternelle, dans les salles d’attente de pédiatres.

Ce sexisme généralisé est désagréable à tous niveaux : injuste pour les mamans, il l’est aussi pour les papas qui s’investissent et ne sont pour autant considérés que comme des dilettantes.

Le papa qui gère depuis le début de l’année les arrivées et départs de son enfant à la crèche et qui s’entend dire « est-ce que la maman pourra penser à renouveler le tube de crème de change ? » a naturellement très envie d’envoyer une couche pleine et ouverte au visage de son interlocuteur. Voilà !

Alors on fait quoi ?

Quitte à subir ce sexisme, pourquoi ne pas en profiter ? Tourner l’étroitesse d’esprit de certains à votre avantage ?

On vous explique comment :

Pour les démarches administratives un peu délicates, comme la demande de place en crèche, ou pour les négociations difficiles à la crèche (accueil réduit un jour de grève, arrivée un peu tardive pour récupérer Bébé le soir, etc.) : toujours envoyer le papa

Logiquement, le réflexe sexiste fera le reste : « c’est déjà merveilleux, ce père qui s’occupe de son enfant, et puis on ne va pas l’embêter avec nos remarques, il ne va pas comprendre, il a sûrement mieux à faire, il doit avoir un travail important : après tout c’est un homme ! ». 

Quitte à en être souvent crispé, autant que ça puisse parfois être utile, non ?

Les infrastructures ne sont pas prévues pour les papas investis

D’un point de vue logistique, les choses ne sont pas simples non plus. 

Le papa qui souhaite absolument rester aux côtés de sa compagne et de son enfant suite à l’accouchement ferait bien de poser très en amont les bonnes questions.

Au moment même du choix de la maternité, concrètement. Beaucoup de maternités ne disposent que de très peu de chambres individuelles avec lit pliant pour ce faire. D’autres ne le proposent tout simplement pas, par choix, parce que « ça n’est pas la place du père, il faut qu’il se repose, il dormira mieux à la maison ». Ok boomer.

Dernier exemple, le plus fréquent peut-être : Messieurs, jeunes papas, habituez-vous dès maintenant à l’idée que vous allez probablement percer ce mystère, ce sanctuaire jusque là impénétrable que sont… les toilettes des femmes !

En effet, les tables à langer des établissements recevant du public, lorsqu’il y en a à disposition, sont d’office positionnées dans les toilettes des femmes. En France en tout cas, beaucoup d’autres pays étant beaucoup plus évolués sur le sujet.

Rassurez-vous : les femmes présentes quand vous entrerez dans leurs toilettes comprendront et compatiront bien volontiers. Et si ça n’est pas le cas, ma foi, tant pis ! On ne va pas non plus s’excuser de changer notre enfant.

En bref, tout n’est pas vraiment gagné, au niveau de la société. Les choses évoluent très doucement. Mais, après tout… la société, c’est nous ! Donc faisons bien comme nous le sentons, exposons notre façon de voir les choses, nos rangs de papas investis et de parents solidaires ne peuvent que grandir.

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