Peut-on apprendre la gentillesse à Bébé ?

Vous entretenez avec conviction le caractère rebelle de votre enfant ? On ne peut que vous y encourager. L’esprit critique est une qualité qu’on peut encourager dès la naissance. D’ailleurs, si vous pouviez choisir, vous souhaiteriez probablement – comme nous – que votre enfant soit gentil, mais pas trop non plus… Car après tout, les bêtises aussi, ça peut être rigolo ! On a souvent peur qu’être trop gentil revienne à être franchement pas drôle.

Mais déjà, comment inculquer la gentillesse à son enfant ? Tous les enfants partent-ils égaux pour devenir des êtres se souciant d’autrui ? 

Être gentil.le ça veut dire quoi ?

Pas question d’avoir un bébé qui dit oui à tout et qui s’accommode de tout. On n’a pas déployé autant d’énergie pour encourager son côté fun et déluré, pour qu’il devienne un simple et docile agneau. Si vous avez des envies de virées à la campagne, très bien, mais ce n’est pas pour autant que Bébé ne doit devenir qu’un gentil petit mouton. 

Sera-t-il le méchant loup ? Non plus, bien sûr, ce n’est pas aussi binaire. Comme souvent, essayons de prendre simplement la voie du juste milieu. On vous explique comment lui inculquer la gentillesse, sans en faire une serpillère.

Est-ce quon naît gentil.le ?

Imaginer que les bébés naissent « gentils » peut sembler le comble de la naïveté. Et pourtant, c’est tout le contraire. C’est même presque un peu cynique, à bien y regarder. Eh oui, à la naissance, Bébé est déjà doté d’un capital gentillesse inné. Mais ça n’est pas comme dans les contes de fées. En réalité, ils sont instinctivement gentils et mignons pour une bonne raison : survivre.

Les bébés font fondre les adultes avec leurs yeux tout ronds et leur grosse tête. La description n’est pas la plus éloquente, mais le résultat est certain. Des scientifiques ont mené des recherches auprès de parents et de non-parents face à des bébés. Il en ressort qu’à la vue d’un bébé, les zones du cortex dédiées à l’attention s’activent irrémédiablement chez tout adulte. Bébé le comprend dès sa naissance. Il intègre donc très vite qu’être « mignon », c’est vital. Pas de mignonneries, pas d’attention, pas de biberon, pas de câlins.

En tout cas moins. 

Le problème, c’est que si Bébé n’est pas encore la beauté incarnée dès ses premiers mois, instinctivement ses parents et les autres adultes risquent – sans même s’en rendre compte – de répondre moins vite à ses demandes. Délit de faciès ? Oui, parfaitement. Alors, dans le doute, les bébés compensent en étant stratégiquement choux !

La gentillesse « de façade » est donc très tôt assimilée par Bébé comme un moyen de survie. Par ailleurs, plusieurs études ont été menées pour comprendre d’où venaient les gentils et les méchants. Il en ressort que, même chez les tout petits (moins de 3 mois), spontanément, les bébés se tournent spontanément – et ça semble assez logique – vers les adultes les plus « gentils » de leur entourage. Ou encore, si vous créez un spectacle pour Bébé, il choisira de s’intéresser tout particulièrement, ou de s’identifier, aux personnages qui sont gentils. 

De même, un peu plus grands, en phase de sociabilisation, les bébés vont aider spontanément leurs camarades, sous réserve que ça ne les pénalise pas eux-mêmes bien sûr. L’altruisme chez Bébé a des limites : celles de son propre confort et tant mieux.

Vous l’avez remarqué, Bébé ne s’écrase pas pour autant et agit parfois comme un animal qui se protège. Si vous essayez de voler sa tétine sans avoir pris soin d’obtenir son accord, il griffe, il crie, voire essaie de mordre. Le petit Marcel à la garderie s’en souvient encore.

Pour avoir un enfant gentil c’est à vous, parents, que revient la mission de lui montrer l’exemple.

Comment peut-on inculquer la gentillesse ?

On ne naît pas gentil, mais on le devient. Par instinct de survie d’abord, et ensuite par mimétisme.

Autant vous dire que vous allez avoir la pression en tant que parents. 

Être gentil, c’est finalement une subtile combinaison entre la sincérité et l’altruisme. Ce qui signifie que ce n’est pas un devoir. On a le droit de ne pas être gentil. Parce qu’obliger les gens à être gentil, c’est pas gentil. Evidemment ! 

On pourra demander à un enfant de dire « bonjour », pas l’obliger à accompagner systématiquement ses salutations d’un bisou au motif que ce serait plus « gentil ». S’il n’en a pas envie, ça ne veut pas dire qu’il n’est pas gentil, ça veut juste dire qu’il n’en a pas envie… D’ailleurs, si vous observez bien, votre enfant se tournera plus facilement vers les personnes que vous accueillez vous-même chaleureusement et sincèrement. Il ressent très bien les choses et fait confiance à votre jugement. Par exemple, si vous allez à reculons chez votre beau-père, mais que vous tentez d’expliquer à Bébé que Beau-Papa est super sympa et qu’il faut être gentil avec lui… Permettez à Bébé d’en douter au vu de votre grimace à peine dissimulée.

C’est instinctif : Bébé a beau être parfois crédule, il sent si vous êtes sincère ou non. 

Mais il y a plein de situations où vous allez rayonner de gentillesse :

  • Lancer un « Bonjour » fort et quasi-solaire dans toutes les boutiques dans lesquelles vous rentrez. Il se peut même que l’on vous réponde. Surtout si vous êtes avec Bébé, vous connaissez maintenant le pouvoir de mignonnerie qu’il recèle.
  • Sourire et utiliser tous ces petits mots qui font plaisir, comme « s’il te plait, merci, c’est bien normal, ça m’a fait plaisir, je t’en prie » à l’extérieur et à la maison, avec votre conjoint.e, vos autres enfants, les amis qui vous rendent visite… Par votre exemple, Bébé va intégrer l’importance de demander gentiment, de prendre soin des ressentis des autres. Cela va renforcer son instinct de survie basé sur la gentillesse et lui apprendre les codes pour socialiser de façon bienveillante. 
  • Recevoir des proches, car vous offrez alors une merveilleuse de démonstration à Bébé que c’est super sympa d’être attentionné.

Car oui, un enfant n’est pas socialisé avant 5 ans. Donc si en grande section de maternelle il pique un peu sauvagement les crayons de couleur de Maya, pas d’inquiétude : son apprentissage de la société est simplement en cours de consolidation. 

Jai peur que mon enfant soit trop gentil …

Pas d’inquiétude, on vous soutient pleinement, ce n’est pas un souhait d’avoir un enfant trop effacé ou pas assez sûr de lui. Si certains enfants ont trop intégré la gentillesse, au point d’inhiber leur instinct de défense, ce n’est pas une fatalité.

À la gentillesse développée, vous ajouterez un soupçon de savoir être heureux. Vous êtes créatifs, on vous fait confiance en tant que parent Little Big Change. 

Savoir rire au change de chaque couche, savoir faire le pitre à table c’est la base pour vous ! 

Vous le savez, être gentil, c’est aussi savoir le mettre en perspective avec son propre bien-être, pas faire la promesse de se donner intégralement à l’humanité. 

Ça parait simple, mais c’est un travail constant sur plusieurs années. Respectez que votre enfant soit énervé, même si ce n’est pas le bon moment pour vous, et expliquez-lui votre ressenti, en l’encourageant à exprimer le sien pour ouvrir sur une discussion apaisée. 

Typiquement, votre enfant pique une colère au restaurant. Vous êtes obligés de sortir. Vous sortez et vous lui chuchotez que ça vous ferait plaisir de rester un peu encore au restaurant, au moins pour entamer votre assiette, proposez-lui de le garder dans vos bras.

Ou encore au parc, si un petit malpoli vient lui chiper sa pelle ou son seau sans même prendre soin de le regarder pour avoir son accord. Rattrapez l’enfant et expliquez-lui que ça ne se fait pas comme ça. Reprenez l’objet et demandez à votre enfant s’il veut bien accepter de le lui prêter. Bébé intégrera ainsi qu’il a bien le choix.

Soyons aimables et souriants, tout en gardant notre malice 😉